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mercredi 11 janvier 2012

C'est la merde qu'ils préfèrent!


Alors qu'un journaliste, un vrai, est mort en Syrie, un homme passionné, courageux, lumineux, admiré par ses collègues, ici, dans notre douce France, des incultes analphabètes continuent leur travail de sape et de désinformation. C'est pas grand chose, me direz-vous: ça n'est qu'un magazine de rien du tout sur une petite chaîne qui soi-disant monte… L'enjeu n'est pas très important: ça parle d'artistes qui ont fait des tubes dans les années 80. Tout le monde s'en fout. Place aux jeunes! Et ils sont encore vivants? Oui. Ils sont encore vivants et en ce qui me concerne, ils ne sont pas contents.


Je vous raconte:

Il y a quelques semaines, on me sollicite pour chanter mon tube dans une émission de variété spéciale 80. Mouais… Je ne suis pas chaude… Je suis un peu lasse d'être systématiquement ramenée, donc réduite à cette chanson dont je reste malgré tout fière. Non, rien de rien, non je ne regrette rien… Ça a été une aventure extraordinaire cette "ouate". Mais bon, on ne va pas y passer le réveillon non plus. Il s'en est passé des choses pour moi depuis! Des mises en scène, un Molière, des émissions de radio (sur Nova, entre autres). Je ne vais pas vous faire défiler ma vie mon oeuvre; si ça vous interresse, Wikipédia est là pour ça. Donc, j'accepte.


Suite à cet enregistrement, 2ème coup de fil pour me demander si ça me branche qu'on tourne un sujet sur moi, sur ce que je fais en ce moment etc, dans 100% Mag… re Mouais… M6, je me méfie; ils m'ont déjà piégée deux fois avec des reportages navrants. J'explique ça à Stephanie Natalizi, que je crois être la redac' chef. Elle est super, elle est adorable, elle comprend. Elle a lu mon blog, et elle aime les gens cash comme moi; évidemment que non, ça ne va pas être trash ou misérabiliste, ils sont là pour mettre en valeur les artistes qui passent sur leur chaîne etc… Qu'elle me dit. Un concert de flutiau. Elle doit être cousine avec les Calchakis, les joueurs de flute de pan.


Donc, ok, je dis oui. C'est vrai, il faut faire confiance aux gens dans la vie… Une certaine Sandrine Leleu*, soi disant journaliste, me suit toute la journée avec sa caméra, je lui ouvre la porte de chez moi, on parle de plein de choses, de ce que je fais, de ma passion du spectacle et de l'écriture… J'avoue, elle n'a pas l'air de tout comprendre, mais s'il fallait faire Saint Cyr pour faire des reportages à la télé, ça se saurait! Elle veut que je lui lise un passage de "Has been", mon bouquin au titre provoc' sorti chez Flammarion. Je ne suis pas emballée par l'idée, mais comme elle m'affirme que ça va être un tout petit moment au milieu de toutes les infos passionnantes sur mon actualité (car elle est foisonnante ce début janvier: un long métrage, une émission sur Télé Mélody, des spectacles, le mien "Mistinguett, Madonna et Moi" et "les Bons Becs " (une de mes mises en scène) qui tournent dans toute la France, sans parler des nombreux projets), bonne fille, j'obtempère. Les conversations avec la formidable rédac' chef me garantissent un traitement respectueux et honnête; on est en phase. Elle me demande de lui envoyer les visuels de mes spectacles (Lio, Magre, la Madeleine Proust….), ça va être formidable ce petit reportage… J'ai hâte. re Calchakis


Ce soir, je regarde le sujet… Et je vais gerber. 100% Naze. Non seulement de mes nombreuses actualités, il ne reste rien, non seulement le passage sur le livre prend une place importante avec des commentaires du genre "Has been" un titre qui a le mérite d'être clair (c'est de l'humour, connasse! Tu crois qui si j'étais has been je serais assez débile pour le dire, pov' naze?? T'as été regarder sur internet ce que je fais ou tu sais pas lire?) mais en plus les commentaires sont condescendants et mensongers. Mon joli appartement est réduit à un 2 pièces (j'en ai 3, en plus elle sait pas compter...) et tout à l'avenant. C'est insultant et misérabiliste. Exactement ce que je redoutais. Cioran disait "la chose la plus secrètement redoutée finit toujours par arriver". Je confirme.


Ivre de rage, j'appelle illico la grande redac' chef, et m'entends jouer encore un petit air de pipeau! Elle ne voit pas où est le problème, la grand reporter, et m'explique que les visuels de mon travail faisaient "verrues" dans le sujet. (sic)


Naïve (je sais, ça me perdra!) je croyais que le M de M6, c'était pour Musique. En fait, c'est pour Merde. Merde 6.


Et pendant ce temps là, y'en a qui se tuent pour défendre des idéaux avec dignité. Mais dignité, rigueur et honnêteté, si ça se trouve, ils ne savent même pas ce que c'est! Ils n'ont que quelques mots à leur vocabulaire: vulgarité, cynisme, et surtout bêtise. Crasse.


Merde 6, la petite chaîne qui vous descend. Ça y'est, ça m'reprend! J'ai encore les dents du fond qui baignent…..


Ne vous inquiétez pas ça va aller… C'est rien. C'est seulement ma vie sur laquelle ils chient.


Ici, ce sont les artistes qui crèvent sous les balles des snipers médiatiques!

*( qui suit à la lettre le brief de la prod, Studio 89, du groupe M6)

samedi 10 décembre 2011

YOU T'ENTUBE



"C'est combien l'acte gratuit? Si j'comprends bien, c'est hors de prix" chantait Bashung dans les mots quelque peu lacaniens de Serge Gainsbourg. Le raccourci génial a le mérite d'aller droit au but, et si dans la chanson, il était vraisemblablement question d'amour, cette vérité vaut pour nous autres pauvres artistes de ce début de XXIème siècle qui ne s'annonce pas vraiment être sous le signe des Lumières. En effet, par un glissement progressif mais certain les plaisirs, virtuels ou pas, sont devenus gratuits, que ça soit sur Internet ou dans la fameuse vraie vie qui fait encore de la concurrence à second life. Partout, des concerts, des journaux, des spectacles… gratuits! Partout des bons plans, des invitations, des promos. Il fut un temps préhistorique où c'était Mammouth qui écrasait les prix. Aujourd'hui, les grandes surfaces n'en ont pas la primeur et la gratuité généralisée se double, d'un drôle sentiment: que c'est normal. Pire, que c'est un droit. Payer, c'est has been, ringard, fini. Ça ne se fait plus du tout, darling.

Il y a quelque temps, un journaliste avait même recensé tous les moyens de passer une journée sans mettre la main au portefeuille, en allant chez un coiffeur comme cobaye, au resto à l'oeil, chez le dentiste gratos, au théâtre pour pas un rond etc… On ne sait pas s'il s'est fait sucer à titre gracieux... Quoi qu'il en soit, le pékin moyen qui a envie d'aller au théâtre peut désormais regarder sur des sites, qui eux engrangent des fortunes grâce à la publicité, y trouver les spectacles qui manquent de monde au balcon voire à l'orchestre, et s'y rendre sans débourser le moindre euro. C'est un public qui est là pour remplir un peu la salle, donner l'illusion que "ça marche", le fameux "fond de salle" comme on dit d'un fond de tarte sur lequel on poserait les fruits, en l'occurrence le spectateur bonne poire qui a payé sa place. Un public qui est également censé lancer le fameux "bouche à oreille" alors que le théâtre, asphyxié, aurait plutôt besoin d'un bon bouche à bouche pour sortir du coma. Le drame, c'est que ce public qui ne sort pas un sou de sa poche, va voir une chose ou une autre, indifféremment, et que son niveau d'exigence est à la mesure de son investissement: nul. Et s'il n'a aucune pudeur à regarder des artistes se défoncer sur scène pour l'émouvoir ou l'amuser, alors qu'ils peinent à boucler leurs fins de mois et sont depuis des années au régime dissocié composé exclusivement de pâtes, ce même public ira sans états d'âme fêter ça au bistro du coin, où ce qu'il aura économisé en places de théâtre lui permettra de prendre entrée ET dessert.
Vous l'aurez compris, la gratuité, je suis contre. Je dirais même mieux, je trouve ça dangereux. Car cela pose un double problème. Pour le public d'abord. Puis pour les artistes. On nous fait croire, ô démagogie suprême, qu'il faut que les musées ouvrent leurs portes à tous pour rien. Que cet accès libre et gratuit à la culture va attirer des foules avides de beauté et de sens. Mais ça n'existe pas dans la vie, les choses qui coutent walou, à part la nature, enfin ce qu'il en reste, et l'amour, parfois. Tout a un prix. Il est comment le regard de celui auquel on offre l'art gratis, sur un plateau d'argent? Quelle valeur peut-il accorder à des oeuvres qui lui sont livrées pour rien, celui qui entre au frais de la princesse, en l'occurrence l'état? Comment peut-il respecter ce qu'il regarde ou ce qu'il entend celui qui ne sort pas d'oseille de sa poche? L'art ne vaudrait donc rien?! A regarder les expos d'art contemporain, un oxymoron, effectivement ça ne vaut plus tripette…. Je reviens de Venise où j'ai vu la ville-beauté polluée par des installations plus absconnes les unes que les autres, sous prétexte de propos subversifs sur la violence du monde moderne. Pathétique! S'il suffisait d'être iconoclaste pour être intéressant, ça se saurait…. Mais je m'égare.

Et les artistes dans ce système, comment ils font? Leurs factures, leur loyer, leur quotidien, leur vie, ils la règlent avec quoi? Etre artiste, ça n'est pas un passe temps, que je sache. Si c'est vrai qu'il y a beaucoup trop de gens qui croient qu'ils ont des choses à raconter et le talent pour le faire, les artistes pour lequel c'est vital de créer, ils font comment pour survivre dans un monde où leur production n'est même plus un produit?
Les nouveaux systèmes de communication, you tube, dailymotion, deezer et tous les sites de streaming nous permettent désormais d'avoir accès en un clic à tout, que ça soit de la musique, des films, des séries télé… On a le monde à portée de main sur notre clavier. Bientôt les livres aussi, à ce qu'il paraît! Quel progrès! Sauf que parti comme c'est, nous, les chanteurs, compositeurs, auteurs, réalisateurs, photographes, acteurs, nous n'aurons bientôt plus que nos yeux pour pleurer sur nos factures en souffrance. "Misère, misère…" chantait Coluche.

Mais que se passe-t-il? Je me suis laissé dire que You Tube avait été acculé à débourser d'avantage pour rétribuer les artistes? Sonnez hautbois, résonnez musette! Et combien ils raquent le visionnage au producteur, maintenant? 0,0007401186€? Net?! Alors là, franchement j'hésite… Foie gras? Saumon? Caviar? Si ça continue comme ça, on va encore fêter Noël chez Leader Price. Ou chez ED. On a le choix…. J'hésite….

mardi 18 octobre 2011

ZE ARTIST


Quelqu’un m’aurait dit qu’en octobre 2011 je regarderais, dans une salle comble du Forum des Halles, un film muet en noir et blanc tourné quelques mois plus tôt à Hollywood, je lui aurais demandé le numéro de son dealer…. Et pourtant… Hier soir, j’ai été voir « The artist », le dernier film de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo. Comme sans doute la majorité des spectateurs, j’étais là pour Dujardin. Pour Loulou, pour Brice, pour OSS 117. Comme beaucoup, j’ai une passion pour Dujardin, véritable génie comique, et j’avoue que son arrivée dans le champ de la première séquence de OSS117, la scène de danse, me met dans un état de transes assez inquiétant. (pas besoin du dealer précité !) En plus, il est beau, il est sexy, enfin, vous l’aurez compris : je suis fan ! Je dirais même mieux : présidente du fan club ! Mais il n’est pas seul. Dans « The artist » il partage l’affiche avec Bérénice Béjo, que j’avais trouvée charmante dans ces faux films d’aventure à la manière des années 50-60. Et là, quelle est ma surprise de tomber complètement sous son charme. Peppy Miller, le personnage de jeune première incarné par Mademoiselle Béjo est, dans le désordre : craquante, pétillante, spirituelle, émouvante, piquante, chic. En un mot comme en cent, délicieuse. Elle illumine l’écran de sa fraîcheur et de sa gaieté. Une révélation, et elle aurait très largement mérité le prix d’interprétation cannois elle aussi…

Que la salle de ce complexe, pompe à fric bien loin de ma chère cinémathèque de Chaillot, là où j’ai passé mes années d’adolescence jusqu’à sa fermeture, là où j’ai vu en chair en os (surtout en os) et en tailleur Chanel l’immense Bette Davis accrochée au bras de Costa Gavras qu’elle appelait mister Gravas allumer une cigarette sur scène dans un geste glamour, là où j’ai découvert ce cinéma hollywoodien auquel le beau film de Hazavanicius rend un hommage habité et intelligent, que la salle de ce complexe donc, soit bourrée à craquer de gens qui, pour la plupart, n’ont sans doute jamais entendu parler d’Ernst Lubitsch ou de Nazimova est un exploit assez fascinant. Dans cette salle de trois cent places, quel bonheur de reconnaître un clin d’œil à « La huitième femme de barbe bleue », à « Sunset Boulevard » ou à « Citizen Kane » ! Quelle joie de déceler des références subtiles à Maurice Tourneur et Franck Capra ! Quelle merveille de trouver dans l’histoire même, un film sur des acteurs, un film sur le cinéma, un film sur l’ascension et la chute d’une de ces premières stars de la pellicule, le point de départ même de tellement de ces films qui ont été les chef d’œuvres du 7ème art. Et évidemment, au cœur de tous ces hommages subtils, quelle délectation de vibrer à la référence, « Chantons sous la pluie », le grand film sur l’avènement du parlant qui a flingué le muet, mettant sur la paille toutes ces vedettes qui n’avaient pas su, ou pu, passer aux talkies. Dans mon fauteuil, j’ai été épatée par la photo magnifique de Guillaume Schiffman et la musique, elle aussi truffée de références, de Ludovic Bource.

Moi qui pleure devant un film de Fred Astaire avec ses seconds rôles désopilants, de Edward Everett Horton à Eric Blore, moi qui connais chaque plan de « All about Eve », moi qui ai adoré Mankiewicz et Cukor, hier soir, dans cet immonde Forum des Halles défiguré par cette architecture atroce qu’ils ont enfin commencé à démolir, j’étais sur un petit nuage. Jusqu’au moment où, à la toute fin du film, Hazanavicius, après nous avoir baladés avec malice dans toutes les déclinaisons scénaristiques autour du silence, ose quelques minutes de vrai silence, de film muet sans musique. Et là, je me suis dit que vraiment il était trop fort ! Alors que dans les salles mitoyennes des bellâtres se battaient contre des robots en image de synthèse à coup de sensurround et autres effets spéciaux gavants, ou que des comédiennes dont le botox a réduit le nombre d’expressions à l’expression unique, celle de l’étonnement perpétuel, jouaient une énième comédie de mœurs soi disant modernes et éternels remakes de « Sérénade à trois », sur ce grand écran, je retrouvais le plaisir de mes premières amours cinématographiques vues dans l’antre de Langlois, au Trocadéro.

Passionnée de ce cinéma en noir et blanc dont la poésie et la force restent, à mon sens, rarement égalés, hier soir j’ai eu le sentiment d’être un peu moins un dinosaure que d’habitude. Au milieu de cette salle bondée je me suis sentie moins seule, et me suis réjouis qu’il y ait encore quelques dingues capables d’embarquer un public qui, pour sa majorité, date l’histoire du cinéma à partir du Grand bleu, à découvrir, et peut être aimer ce noir, ce blanc, et toute cette gamme de gris…

Si les comédiens, dans les derniers plans du film retrouvent le son de leur voix, moi ça me l’a coupée. J’en suis restée coite. Chapeau l’artiste ! Chapeau les artistes !

jeudi 6 octobre 2011

HAINE R J




Ça se passe à la radio, un soir de la semaine. Ma fille écoute sa radio préférée, NRJ. Personnellement, je suis plutôt France Culture ou France Inter, ce qui donne une idée de l'abime qui nous sépare. C'est sans doute ce qu'on appelle le gouffre des générations. En général, je passe dans sa chambre, j'entends quelques commentaires débiles, des rires forcés et gras, le tube R&B formaté du moment, et je change de pièce. Pas ce soir. Il y a un ado qui parle. Vraisemblablement, il est dans le studio et il s'adresse à son père. Quand je commence à percuter sur ce qu'il dit, j'entends "je vais arrêter l'école", "je vais dealer", ce genre de choses. A l'autre bout du fil, le père s'énerve. Comment ça il va arrêter l'école? Comment ça il va dealer, son môme? Mais qu'est-ce qu'il a à raconter n'importe quoi? Il a bu, le mouflet? Ça continue. Le gosse, encouragé par les animateurs qui ont l'air de bien s'amuser en rajoute. Au téléphone, le père devient fou. Très vite ça devient insoutenable. "T'es qu'une merde", "ce que je veux c'est gagner plein d'argent sans me faire chier", qu'il balance à son père, poussé par les crétins radiophoniques. Le paternel est au bord de la crise cardiaque. Il hurle, il dit qu'il va venir le chercher, il dit qu'il va lui péter la gueule à ce petit con, il dit qu'il a tout fait pour son môme. Il hurle. Il pète un câble. "T'es où? T'es avec qui? C'est qui les abrutis qui te foutent des idées pareille dans le crâne?" Dans la chambre de ma fille, je suis pétrifiée. C'est atroce. La France entière, enfin ceux qui écoutent cette radio de merde, ça n'est pas tout le monde, dieu merci, est témoin d'une séquence où un fils, pour gagner à un jeu naze rend son père fou de douleur. Au bout du fil, il lui détruit sa vie. Au bout du fil, il le crucifie. Les animateurs de plus en plus hilares finissent par prendre le malheureux géniteur en ligne et lui expliquer que c'était "pour rire" avant de balancer une nouvelle chanson. On ne saura rien de la suite de leur conversation. Ma fille, elle, a continué à vaquer à ses occupations, comme si de rien n'était. Elle n'a pas particulièrement ri, mais ça n'a pas eu l'air de la troubler plus que ça non plus. Moi, j'ai envie de gerber. De pleurer. D'aller casser la gueule à ce con de Cauet, puisque c'est de lui qu'il s'agit. Un quart d'heure de cruauté, de bêtise, à manipuler un môme qui de toute évidence ne se rend pas compte de la gravité de ce qu'il est en train de faire. Que s'est-il passé après? Son père l'a-t-il mis en pension? L'a-t-il privé de facebook pendant une semaine? Lui a-t-il filé une correction? Pour un quart d'heure d'antenne trash, une connerie à faire marrer des ados qui pensent que toutes les transgressions sont bonnes à prendre, détruire une famille? Flinguer un type qui essaye d'élever son gosse avec quelques notions de dignité? Humilier un homme, à l'antenne qui plus est par le biais d'un gamin inconscient? Quelle horreur! On est bien loin des canulars déjantés et des blagues subversives de Lafesse, qui n'avait pas froid aux yeux, mais qui était à se plier de rire, lui. Moi qui ai fait partie de la génération "radios libres", j'ai honte. Honte pour les cyniques qui sont à l'antenne. Honte pour ceux qui écoutent. Je ne suis pas bégueule, et l'ai prouvé à maintes reprises, mais ce mépris des gens est intolérable, inadmissible. Et choquant.

Et on lui a fait miroiter quoi au gosse qu'on a envoyé comme un kamikaze contre son père? Un nouveau portable? Des places gratuites pour un concert? Ou juste la satisfaction de passer dans le poste?

NRJ? Haine RJ, oui.

Le slogan du journal satirique Hara Kiri est "le journal bête et méchant". Sauf que 1-il n'est pas bête, 2-quand il est méchant c'est avec une idée à défendre. J'adore l'humour noir, voire très noir et pratique moi-même l'auto dérision avec délectation. Mais là, c'était juste méchant et incroyablement con.

S'il suffisait d'être méchant pour être drôle, ça se saurait….

A bon entendeur...

lundi 3 octobre 2011

ET J'ENTENDS SIFFLER LE TRAIN ....


Dieppe, son château, sa plage, ses galets. Son Festival de cinéma.

Depuis quatre ans une équipe passionnée invite le public et les professionnels à son festival au bord de la plage. C'était ce week-end. J'en sors. Je suis rincée.

Neuf films, cinq prix (des galets recouverts d'or à la feuille), six membres du jury, et un Président du jury.

Des films très différents, de la poésie, de la gravité, des enfants, des morts, un hommage au cinéma, un voyage en Iran, une belle actrice dans une grand rôle filmée par un réalisateur inspiré… Toute une palette d'images et d'émotions…. Jusque là, tout est normal. C'est la première fois que je me retrouve membre d'un jury, et je m'en réjouis. Je suis marxiste tendance Groucho, ma religion, comme Woody Allen, c'est l'art, j'ai une passion pour le cinéma, et en débattre avec d'autres passionnés promet de l'être, passionnant. Ce fut saignant.

Déboule un ovni: "Bovines", une heure sur des vaches qui broutent, qui dorment, qui broutent, qui se promènent, qui broutent, qui ruminent, qui broutent... Elles ne regardent même pas les trains passer.

Pendant les délibérations, je suis stupéfaite d'entendre voler des propos d'une misogynie qui me laissent sans voix. Corinne Masiero, l'actrice qui tient de bout en bout "Louise Wimmer" est une vraie comédienne avec une gueule, à mille lieues des filles au physique interchangeable et au narcissisme stupide, une grande gigue qui a une densité et une justesse peu communes, dont le sourire généreux éclaire soudain l'écran. Heureusement je ne suis pas la seule à être émue par elle et par le film de Cyril Mennegun qui lui a offert, la filmant au plus près avec délicatesse, un rôle fort. On se bat pour qu'elle obtienne un prix d'interprétation, continuant à essuyer les commentaires désobligeants de certains membres du jury. Tel le plus beauf des réactionnaires, il semblerait que certains jugent de l'éligibilité d'une comédienne sur ses mensurations. Ok. La misogynie, on connait, on ne s'habitue jamais, mais on connait…. Rien de nouveau sous le soleil.


Vient le débat sur "Bovines". Un film contemplatif et beau, profond, qui nous embarque dans le temps des vaches, un temps près de la nature, sans musique, en gros plans tendres et paysages embrumés où vivent ces animaux placides. Une heure sur les vaches, et c'est tout? Non, évidemment. Il y a une dramaturgie subtile dans le film. Les vaches mettent bas, on reste avec elles, avec les veaux qui les suivent, les tètent, passant goulument d'un pis à l'autre, la tendresse de leurs grosses langues léchant le placenta.

Et l'homme arrive. Ou plutôt les hommes: un couple d'éleveurs et leur enfant qui tient une baguette en bois pour mener les vaches… à l'abattoir. Des gros plans des numéros agrafés à leur oreille, un plan noir un peu insistant, suivi d'un plan de brouillard, il n'en faut guère plus pour que la référence à "Nuit et brouillard" d'Alain Resnais ne me saute au visage. D'autant que dans la deuxième moitié du film, le tracteur qui vient chercher les animaux, inquiétant, sort d'un chemin sombre, tel le train de l'horreur filmé par Claude Lanzmann… En creux, avec subtilité, on voit la mort se profiler. On repense au "Sang des bêtes" de Franju, redoutant la violence des images d'abattoir. Il n'en est rien. On voit les vaches pleurer quand elles voient leurs petits se faire emmener, on entend la paysanne lâcher, opaque, "Ce sont des mères tout de même"… et tout est dit.

Après le bras de fer avec mes collègues du jury pour le prix d'interprétation, il faut lâcher Bovines. Soit.

Nicolas, le jeune président du festival me l'a dit à mon arrivée à Dieppe: ici, pas de frime. C'est un Festival qui aime d'avantage le cinéma que le tralala qui l'entoure. On a beau être au bord de la mer, on n'est pas à Cannes, l'enjeu n'est pas le même, il n'y a pas de stars liftées et de gros producteurs à cigare, il me glisse que je peux me sentir libre dans mes positions, et qu'on est là pour le plaisir. Il ne faut pas me le dire deux fois.

Quelques instants avant la cérémonie de clôture, j'entraine sur la plage l'autre femme du jury, Agnès Mouchel, monteuse émérite, afin que l'on choisisse un petit galet que l'on remettrait à Emmanuel Gras, le réalisateur sensible de "Bovines". Un coup de coeur, un clin d'oeil amusant, un brin frondeur… Pas de quoi en faire un fromage. Une fois les prix remis aux uns et aux autres, présentés avec charme et humour par la délicieuse Nadine de Gea, je prends le micro et remets le petit galet que j'ai choisi parce qu'il y avait un signe "peace and love" à l'intérieur. Je fais monter le réalisateur, sous les applaudissements du public qui lui aussi a aimé le film. Et là, ça part en vrille. Un des membres du jury ivre de rage prend à son tour le micro et se met à insulter le réalisateur; il a détesté le film, ce qui ne nous avait pas échappé lors des délibérations. Le président du jury, Vladimir Cosma, blême, sort avec mépris un spray Riqlès de sa poche et fait mine de me le donner, pour me signifier que mon galet n'a aucune valeur, puis me balance "après, tu t'étonnes qu'il y ait de l'antisémitisme". Je suis sidérée.

Ah la vache! C'est énorme. Oui, Loeb c'est un nom juif alsacien. Oui, mon grand père paternel a pris le dernier bateau de Marseille pour fuir les nazis. Oui, quand il est rentré de la Havane où il a attendu la fin de la guerre, le galeriste qui devait lui garder sa galerie, puis la lui rendre à son retour n'a pas voulu obtempérer, et c'est Picasso qui est monté au créneau, appelant le malotrus et d'une phrase lapidaire, "Pierre est rentré", forçant celui-ci à une attitude digne.

Mais j'avoue que je n'ai jamais personnellement été confrontée à l'antisémitisme. Ça ne fait pas partie de mon paysage mental. Pardon monsieur Lanzman pour le calembour limite, mais j'ai d'autres Shoah à fouetter...

La réflexion de Cosma me cueille. Un moment l'idée que c'est de humour noir pince sans rire m'effleure. Si c'est de l'humour, ça n'est en tout cas pas de l'humour juif. L'humour juif, je connais: c'est drôle. Là, ça ne l'est pas. Naïve que je suis. Il répète cette réflexion désopilante au membre du jury soupe au lait qui s'est insurgé contre mon geste que je voulais sympathique et marrant, nullement consciente des vagues de haine que provoquerait ce minuscule galet. Un caillou dans la mare.

Il persiste et signe, le grand compositeur: juive. Voilà ce que je suis. Il ne faut pas que je m'étonne s'il y a de l'antisémitisme. (sic). Comme disait Dorothy Parker, "sic as a dog". Si son homophone Joseph Kosma a fui le nazisme en 1933, monsieur Cosma qui a signé la musique de "Rabbi Jacob" aurait donc des points communs avec le personnage joué par Louis de Funès? Et je ne parle pas de sa drôlerie.

Avec un visage lisse, ses yeux bleus vrillés dans les miens, la mâchoire crispée, il me ramène au film sombre de Resnais.

C'est la cérémonie de clôture, on attend le bouquet final. Les commentaires de la journée, misogynes, racistes, et enfin antisémites s'accumulent pour finir en gerbe finale.

Il paraît que j'aurais du prévenir notre président du jury de ma folle audace. Il paraît qu'il y a eu crime de lèse majesté. Il paraît que j'aurais pu lui présenter des excuses.

En l'espèce, s'il y a des excuses à faire, ce n'est pas de moi qu'elles doivent venir. Ni qu'elles viendront.

Oui, monsieur Cosma, je m'étonne....


jeudi 4 août 2011

Florence Loeb, Formentera et moi



Si j'ai toujours connu Florence, ma tante, la soeur d'Albert, mon père, je ne l'ai réellement rencontrée que dans les derniers mois de sa vie qui vient de s'achever ici, à Formentera.


Fille de Pierre Loeb, grand marchand de tableaux de l'entre deux guerres, épouse de Romain Weingarten, auteur de théâtre, dessinée par Picasso et Artaud, amie des intellectuels, poètes, acteurs, hommes de théâtre, Florence Loeb a été, et est restée jusqu'au bout une femme éprise de liberté.


Il y a quelques jours, aux côtés de deux de ses enfants, Aurélia et Raphaël, (ses deux autres filles, Isabelle et Claire n'étaient pas présentes) de mon père et de ma fille Louise, je l'ai accompagnée dans le ravissant cimetière dans lequel chaque tombe raconte l'histoire des vies originales de ces aventuriers hippies des années soixante 70 qui ont "fait" l'ile, pas loin de celles des paysannes en fichu noir aux visages burinés.


Dans son cercueil, vêtue de blanc, elle était très belle dans la mort, comme elle l'a été dans la vie.


J'ai rencontré Florence sur un lit d'hôpital à Paris, et nous avons eu un échange très fort autour de l'émotion qu'elle avait ressentie avec mon père, alors qu'elle se sentait mourante. Extraordinaire, elle s'est relevée de ce lit de mort, est rentrée chez elle, petit à petit a remarché, et a retrouvé son énergie et son panache légendaires.


Lors de ma dernière visite chez elle à Paris, elle m'a offert un manteau rose fuchsia qu'elle avait rapporté de l'un de ses nombreux voyages, et que j'ai porté à son enterrement. Devant mon enthousiasme à la vue des photos de sa magnifique maison tout récemment terminée par son fils architecte, Raphaël, elle m'a proposé de m'y inviter, puis d'y jouer mon show.


J'entendais parler de Formentera la sauvage depuis toujours, et c'était la première fois qu'elle m'y invitait. Impossible de ne pas saisir l'occasion de venir enfin découvrir sa "Casa Florencia", son petit coin de paradis!


Epaulée par Sonia Cardona, Florence a mis une partie de ses dernières énergies à organiser ma venue ici.


Je suis arrivée sur l'île alors qu'elle était tout juste partie.


Aujourd'hui, je suis heureuse et émue de venir présenter ici mon spectacle accompagnée par Sonia Rekis, hommage aux grandes figures féminines du music hall.


La représentation de ce spectacle, que je vais jouer ici, à Formentera le 10 août, lui est dédiée.


samedi 4 juin 2011

Madame Grès, sculptrice sur soie

Evidemment, il serait tentant de parler de celui qui est sur toutes les lèvres, et vraisemblablement surtout sur celles de cette femme de ménage new yorkaise à son corps défendant, cet éléphant socialiste qui trompe énormément, mais je préfère vous entretenir aujourd'hui d'une femme magnifique, drapée dans sa fierté, celle qui a sculpté la matière, en l'occurrence la soie et le jersey, j'ai nommé Madame Grès.

Quel plus beau pseudo Germaine Krebs pouvait elle choisir que celui-là? Grès, comme cette roche faite de sable facile à travailler et à scier dont sont constitués à la fois les mégalithes de Stonehenge, des stèles égyptiennes d'Amon, des sculptures chinoises ou les rampants de la cité de Carcassonne. Ce grès qui peut passer du blanc cassé à une infinité de couleurs, comme l'ocre, le jaune, l'orange, le brun, le gris et le violacé. La même palette qui était celle de Mademoiselle Alix, plus connue sous le nom de Madame Grès.

Aujourd'hui que la France semble s'intéresser, avec enfin autre chose que de la condescendance ou du mépris aux revendications égalitaires des femmes, aujourd'hui qu'éclatent au grand jour les conséquences dévastatrices qu'a le regard prédateur de certains hommes sur celles-ci, quel bonheur d'évoquer cette grande dame d'un mètre cinquante, celle qui a influencé les plus grands de Azzedine Alaïa à Yves Saint Laurent, dont le beau regard porté sur ses concitoyennes les rendait à la fois plus désirables et mystérieuses. On découvre, grâce à l'exposition sublime qui lui est dédiée au Musée Bourdelle le lien secret et évident que tissait Madame Grès avec la sculpture, sa première vocation contrariée. En effet, dans les années trente, il était de mauvaise augure de vouloir manier la massette portugaise, les pointes ou les ciseaux carbure. Faute de pouvoir tâter du marbre, Madame Grès se jeta donc sur le tissu. Dans l'exposition "Madame Grès, la couture à l'oeuvre", Olivier Saillard nouveau directeur du Musée Galliera, ze musée de la mode, dont l'oeil subtil et exigent aime autant les mots que la couture, nous donne à voir ce qui est effectivement une oeuvre, plus qu'une suite de robes. Si madame Grès n'a pu devenir sculptrice à cause des préjugés rigides liés à son sexe, elle n'en a pas moins créé une oeuvre qui évoque les statues grecques et leurs plissés savants.

Première idée géniale du nouveau directeur de Galliera, organiser des expositions hors les murs, et pour commencer celle-ci, dans laquelle il replace la reine du drapé dans un musée/atelier de sculpteur, en l'occurrence celui d'Antoine Bourdelle. On traverse un jardin, des grandes salles claires, puis on entre dans un atelier, où deux robes sont exposées sur des mannequins sans tête au milieu de masques, têtes, socles, et on est éblouis par la justesse de cette rencontre de deux mondes, de deux artistes, Bourdelle et elle. Les sculptures de Bourdelle, tout en muscles, solides, massives, dans un effet de contraste saisissant, mettent en valeur la légèreté et la force du travail de Grès et l'on mesure grâce à l'intelligence et à la pertinence du regard de Monsieur Saillard à quel point la couture est un art, et pas mineur avec ça.

Celle qui habilla de grâce Piaf, Dietrich et Garbo, les divines, disait qu'elle écoutait la matière, qui lui dictait ses gestes. Inspirée à la fois par les saris et par les kimonos, elle savait prendre le pli, accompagner un tombé, et créait des robes aussi sexy que monacales, bien loin du clinquant de mise de nos jours. La symétrie, l'asymétrie, la légèreté n'avaient pas de secrets pour elle, et sous l'apparente simplicité de ces robes se cachait un travail d'orfèvre. Comme tout grand créateur, elle avait ses paradoxes: celle qui prônait les vertus du luxe pauvre se déplaçait dans une jaguar dont l'intérieur était tendu de vison!

Si elle disait que pour elle travailler le tissu ou la pierre revenait au même, on en a la preuve éclatante dans ce parcours raffiné où le regard élégant et plein de désir de cette Madame avant gardiste offre une vision à la fois moderne, sensuelle et bourrée de références à la beauté antique, et démontre avec panache que la mode peut être autre chose que des fanfreluches, et des falbalas, faisant mentir l'autre mademoiselle, la Chanel qui disait avec son humour grinçant " la mode, ça se démode". Celle de Madame Grès est éternelle.

Il faut aller voir cette exposition dédiée à l'art, le mot n'est pas trop fort, de cette femme au caractère en acier trempé, connue pour son visage ceint d'un turban, comme Simone de Beauvoir, qui a laissé une empreinte indélébile sur la mode, comme le Castor sur des générations de nanas.

Un peu de beauté dans ce monde de brutes!


"Madame Grès, la couture à l'oeuvre" au Musée Bourdelle jusqu'au 28 août.