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lundi 14 février 2011

Vous avez dit Saint Valentin?




Saint Valentin. La fête des amoureux. Partout, l'amour, toujours. Et qu'on se fait des petits cadeaux trop mignons, et qu'on se jette des fleurs, et que tout ça sent bon le chocolat et la rose. Mouais… Comme c'est curieux, comme c'est étrange. Mais d'où vient donc cette fête, et qui est ce Valentin dont on nous rebat les oreilles depuis 15 jours? Comme pour toutes les célébrations récupérées par le calendrier catholique, Saint Valentin était au départ une fête payenne. Depuis la plus haute antiquité, à la mi février, c'était la période où l'on célébrait les fêtes de la fertilité, et la Saint Valentin était, avant le Moyen Age, la fête des célibataires et de l'amour physique.

Il n'y a pas un Saint Valentin, mais au moins deux: saint Valentin de Rome et Saint Valentin de Terni, tous deux martyrs au IIIème siècle. Au fil du temps, la fête de la fertilité s'est transformée en ode au couple et à l'amour avec des grands Ahhhhhhh. Que les choses soient claires, l'amour, j'ai rien contre. Ou alors tout contre, pour paraphraser Sacha Guitry. C'est vrai que l'amour donne des ailes, et qu'on préfère dire M que N.

Mais alors pourquoi est-ce qu'en en 1969 (ça ne s'invente pas) l’Église a-t-elle ôté le jour de la Saint-Valentin de son calendrier officiel? Officiellement c'est dans le souci d’épurer le calendrier catholique de tous les saints légendaires. Vous avez dit 69, année érotique?


Ne serait-ce pas plutôt parce que les hommes de robe le savent très bien que l'amour, c'est pas Disneyland et cui-cui les petits oiseaux? Aujourd'hui, 14 février, on ne voit que cupidons qui bandent leur arc faute d'autre chose, petites fleurs bleus, chocolats en forme de coeur décorés de guirlandes avec angelots ad hoc et autres gnougnouteries débilitantes. Plus cul-cul la praline, tu meurs. Déjà, faites l'amour pas la guerre et ce genre de niaiseries, personnellement ça me soulève le coeur, que j'ai pourtant bien accroché. Petite piqure de rappel des grandes histoires d'amour qui nourrissent nos fantasmes depuis des siècles. C'est encore les Rita Mitsouko qui l'ont dit le mieux: les histoires d'amour finissent mal, en général. Adam et Eve? La pomme d'amour leur couta leur place au paradis. Tristan et Yseult? suicidés. Roméo et Juliette? idem. Sacher Masoch? Il aurait été bien désespéré sans le divin marquis de Sade qui lui donna sa raison d'être. Heloïse et Abelard ont payé le prix fort de leur passion puisque lui s'est retrouvé eunuque et elle euuuuuuu nonne. Marlene Dietrich n'a plus jamais vu la vie en rose après le départ de son Jean, Gabin. Gainsbourg a eu du bol, pour se consoler de BB, de tomber sur Jane B, qui elle même se remettait mal du départ de John B. Oscar, le plus wilde des écrivains anglais a payé cher sa passion pour Bosie, Alfred Douglas, avec lequel il s'est pris une tôle, pour de vrai. Et Dante visitera tous les cercles de l'enfer à la mort de sa divine Béatrice.

Non. "Il n'y a pas d'amour heureux", pour citer Louis Aragon l'amoureux fou d'Elsa, chanté par Brassens, entre autres. Car enfin, il n'y a qu'aux petits enfants naïfs, qu'à ceux qui croient encore au père Noël qu'on fait gober pareilles fables qui se terminent par "ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Déjà, pour imaginer que le bonheur c'est se farcir une dizaine de moutards, il faut beaucoup d'imagination. Ou un bon dealer. Allez donc dire à une mère de famille qui profite de ses heures creuses et de ses dimanches pour faire le ménage à fond, des machines au Lavomatic, le repassage de la semaine, et vérifier les devoirs des petits que c'est Alice au pays des merveilles! C'est plutôt des mères vieilles prématurément, qu'elles deviennent, les meufs, à se taper l'intendance d'une famille nombreuse. Et c'est pas les crèmes anti-âge qui y pourront grand chose. Certes, il y a des couples qui durent. Villeroy et Boch, Roche et Bobois, Eric et Ramzy, Laurel et Hardy, Hardy et Dutronc. Mais à quel prix? On trouve un canapé très bien, le lit calisson à 1990€ chez Roche et Bobois et Eric et Ramzy sont actuellement disponibles pour le prix modique d'une place de cinéma. Mais je m'égare…

C'est dans les larmes de leur passion que George Sand et Musset ont écrit leurs plus belles pages, et dans le sang que les amants terribles de "L'empire des sens" terminent leur vertige de l'amour. (Ils avaient dû rêver trop fort.) C'est dans la folie que se termine la passion de Dora Maar pour Picasso, son minotaure, et dans le désespoir que se termine celle de Léo Ferré pour Pépée, sa guenon, humaine, trop humaine.

A l'image de l'inquiétant Robert Mitchum dans "La nuit du chasseur" qui avance avec les lettres LOVE sur la main droite, au nom de l'amour combien de meurtres, sous le joli nom de crimes passionnels ont-ils été commis?

Certes chez Violette Leduc, Thérèse et Isabelle s'aiment passionnément, mais comme le dit Gainsbourg dans initiales BB, "l'amour physique est sans issue".

En cette journée qui dégouline de bons sentiments, où il n'y aura sûrement pas que le sucre d'orge qui coulera dans la bouche d'Annie, rappelons nous que l'amour c'est pas tous les jours "la vie en rose", que ça peut vite basculer dans "noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir", que les passions sont fatales, et nos amours défuntes.

Mais au fait… C'est quoi l'amour? C'est donner ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas? Alors autant s'offrir des chocolats et de fleurs….

Et toi, tu aimes? Moi non plus.

samedi 5 février 2011

Maria S, tango stupéfiant



Maria Schneider est morte. C'est le cancer qui l'a pris sous son bras. Si Marcia Baila, Maria, elle ne danse plus. De toute façon, dansante, elle ne l'a pas vraiment été, sa vie. Plutôt douloureuse, celle de cette beauté sauvage et insolente du début des années 70. Déjà, elle n'est pas reconnue par son père qui lui, est connu. Bonjour le départ dans la vie. Puis, après quelques balbutiements dans le cinéma, et grâce, ou à cause de l'intérêt que lui porte BB, Brigitte Bardot, c'est dans l'oeil de BB, l'autre, Bernardo Bertolucci qu'elle tape. "Le dernier tango à Paris", avec Brando, un homme nommé désir. Impossible d'arriver plus haut plus vite. Début, 70, l'époque est à la transgression et à la libération sexuelle. "Passe moi le beurre". Scène culte s'il en fut. "Passe moi le beurre" que je t'encule et que je te flingue ta vie. On apprend, avec sa mort, qu'il aurait aimé lui demander pardon, BB. Ah oui? De quoi? De l'avoir violée avec sa caméra et son acteur devant le monde entier? Il ne pouvait pas faire son mea culpa avant, Bernardo? Comme celui de Zorro, muet qu'il était? C'était si difficile que ça de l'ouvrir et de lui demander pardon de son vivant? Maria Schneider a dit, avec pudeur, que dans la scène, c'étaient ses vraies larmes. A lire les regrets de Bertolucci devant son cadavre, on en a froid dans le dos. Si les larmes étaient vraies, qu'est-ce qui était donc simulé dans cette scène de viol? Ils se sont amusés à quoi le grand acteur et son réalisateur libertaire? A sodomiser une jeune fille de 19 ans devant une équipe de cinéma, puis à la jeter en pâture au monde entier? Sans jamais être inquiétés? Ça, c'est des artistes! Ça, c'est des mecs! Bertolucci, il a fallu qu'il attende qu'elle crève après une vie saccagée par cette scène pour faire des excuses? ! C'est un peu fastoche, non? On lit partout sa descente aux enfers, à la belle Maria, malgré le magnifique film d'Antonioni avec Nicholson. Qu'elle a pris de la coke, de l'héro, qu'elle a été en taule, en HP et qu'elle s'est beaucoup perdue. C'est étonnant comme les symptômes qui suivent un viol sont invariablement les mêmes. Drogue, alcool. Parfois prostitution. En tout cas, ce qui est certain c'est que les filles, et les types (c'est plus rare), sont dépossédés à jamais de leur corps. Un viol, ça laisse des traces indélébiles. S'il y a prescription pour les violeurs, il n'y a pas prescription pour les violées. Les séquelles, c'est à vie, qu'elles/ils se les trimballent.

D'aucuns diront, que c'était chouette, cette période de libération sexuelle! Que c'était le bon temps. L'époque pré sida et tout ça. Mais il n'y a pas que le sida qui fait des morts. Sous couvert de libération sexuelle, des gens super libérés ont commis des crimes.

J'entends déjà ceux qui trouvent toujours suspecte une femme qui dit qu'elle a été violée :"Elle l'a bien voulu. Personne ne l'a obligée à le faire, ce film!" Certes. Mais personne ne lui avait dit qu'elle allait l'avoir dans le cul non plus!

Ils sont beaux à se damner, M & M, Maria et Marlon. Leur couple crève l'écran. Mais si c'est Brando qui crève dans le film, c'est elle qui est sacrifiée dans la vraie vie et son personnage de Jeanne la crame à jamais. Et si dans la fameuse scène, Brando met du beurre, Betolucci, c'est bien à sec qu'il l'a enculée. Et en Technicolor avec ça!

Il a bon dos, le cancer.


mercredi 26 janvier 2011

ô jeunesse ennemie...


Olivier Saillard, désormais directeur du Musée Galliéra, le musée de la mode, régale les happy few de la mode deux fois par an avec des performances ultra chics et d'une intelligence sans faille. Pendant les deux Fashion weeks annuelles et avec la collaboration indéfectible et élégante de Violeta Sanchez, l'une des mannequins les plus emblématiques et les plus particulières des années 80, l'égérie de Helmut Newton, David Seidner et Yves Saint Laurent, (rien que ça!), il nous offre dans un show d'une demie heure, une mise en abime brillante de la mode et de sa vacuité. Hier 25 janvier, comme à l'accoutumée, nous avons eu droit à un sacré lifting mental! A la lecture du carton et de son intitulé "O tempes suspends ton vol" imprimé sur une feuille d'agenda arrachée, comme chaque journée qu'on tente de voler au néant, on avait compris qu'il y serait question de temps, de vieillesse, de jeunesse… Comment ne pas paraphraser Corneille pour s'écrier "Ô rage, ô désespoir… Ô jeunesse ennemie…."

Devant un parterre de ce qui se fait de plus raffiné dans le petit monde de la mode, de Christian Lacroix à Clara Saint en passant par Dominique Isserman, définitivement accros à ces rendez vous, on découvre sur le sol en béton gris, des gazes blanches qui nous dissimulent des objets. Un assistant lève le voile. Ce sont des protège visages au bout d'un manche, tout ça en plastique, recouverts d'impressions de photos en noir et blanc qui en épousent la forme. Sous chaque masque est posée une feuille sur laquelle est écrit le texte subtil et désopilant qui sera lu tour à tour par Olivier et Violeta. Celui qui ne lit pas, tient le masque devant son visage et se tourne avec grâce pour le montrer à l'assistance, pliée de rire. Les textes d'Olivier sont, comme toujours, des bijoux d'élégance et de malice, et ses phrases tranchantes comme des scalpels. Il se moque avec cruauté et humour noir, la couleur qu'a lancée Yves Saint Laurent, des méfaits de la chirurgie esthétique. Il est question de bouches et nez en cagettes, de haute suture et autres trous de bouche en canard WC… On est aux anges. Dans l'assistance, celles et ceux qui ont eu recours aux seringues et/ou aux bistouris sont nombreux; comme ils savent qu'il n'y a rien de tel pour remonter le visage qu'une bonne rigolade, ils s'en donnent à coeur joie. Le temps de la performance, Olivier Saillard nous expédie la chirurgie esthétique et ses dérives désolantes. S'il commence par nous rappeler ce que celle-ci doit aux gueules cassées de 14-18, il brode ensuite sur ce que ces nouveaux visages en série nous renvoient comme image de nous formatées, lisses, et surtout désespérément stupides. Olivier d'évoquer Jeanne Moreau, à la bouche mythique et sublimement dédaigneuse, la Casati, photographiée par Man Ray, avec ses quatre grands yeux charbonneux, la Magnani aux belles rides de douleur et l'angoissant Michaël Jackson avec son nez pincé de pince à sucre obsolète.

Les grandes cramées du bistouri peuvent numéroter leurs abatis. Elles sont laminées par la prose proche du haïku dite avec grâce par Violeta dont le nez unique a changé la face de la Haute Couture.

C'est un défilé de tronches mais aussi de citations littéraire, de "Confessions d'un masque" de Mishima à "La peau de chagrin" de Balzac et si Olivier tire à bout portant, son show est lui, tiré à quatre épingles.

Le divin Olivier de conclure en citant Coco, la grande Mademoiselle au visage ridé comme une vielle pomme et à la moue hautaine " Il n'y a rien de plus vieillissant que de vouloir rester jeune". CQFD!

Un vrai moment d'art moderne.

Comme le dit Paquita Paquin, qui se précipite, comme nous tous, en coulisses pour embrasser les deux performers: "Tu as épuisé le sujet". S'il l'a épuisé, s'il a bien fait les coins, nous, nous sommes rajeunis de dix ans devant de tels assauts d'esprit et de culture. On se sent renaître cet après midi froid, et on se dit que 2011 commence sur des chapeaux de roue! Question niveau, il a mis la barre haut.

Mais ce mardi, le plus navrant, ça n'étaient ni les faux nez ni les bouches repulpées. Mais bien les faux culs. Et ceux là, aucun bistouri n'y peut mais.

mardi 18 janvier 2011

Féroces



Charmants. Ils sont charmants, les parents de Robert Goolrick. Féroces. Ils sont féroces. Ils abusent. Ils abusent de cocktails sophistiqués dans la belle maison dans laquelle ils accueillent leurs voisins ou leurs relations pour des diners ou des verres mondains. Ils abusent de bonnes manières dans leurs costumes en tergal et leurs robes fleuries en popeline. A la manière des personnages élégants et tirés à quatre épingles de "Mad men", la série culte, ils abusent de clopes, et finissent par en crever, de tous ces abus. Dans ce magnifique livre, Robert Goolrick commence par ça. La mort. Celle de ses parents. Avant de décrire avec une précision glaçante comment ils l'ont assassiné quand il était enfant. Ça commence par la boite dans laquelle il tient les cendres de son père. Ça commence par l'état de déchéance pathétique dans lequel sont ces deux parents qui ont abusé. Malades, grabataires, des épaves physiques et morales. Des pauvres choses détruites et amères. Lui, Robert Goolrick, celui auquel on a volé son enfance et sa vie ne l'est pas, amer. Il est lucide, il est implacable. Il est drôle aussi. On imagine la souffrance qu'il a fallu surmonter pour réussir à être léger en racontant ce qu'il raconte avec cette apparente distance.

Ses parents étaient féroces. Atroces aussi. Atroces, ces faux semblants, cette hypocrisie et leurs cocktails mondains toujours trop arrosés qui cachaient un secret. Un secret atroce. Le talent puissant et subtil que déploie Robert Goolrick parvient à nous amener progressivement à comprendre la violence dont il a été l'objet. Objet. Il devient l'objet de ses parents élégants et lisses. De ces parents beaux, tout droit sortis d'un de ces films des années 50 en Technicolor où les grandes familles américaines jouissent gaiement de l'american way of life. Quand on regarde ces films aujourd'hui, on leur trouve un charme fou. Le Technicolor a rendu ses couleurs, qui ont passé, mais tout le mode a l'air si heureux. Elle est comme ça l'enfance de Robert Goolrick. Comme un film en Technicolor sauf qu'on a juste envie de gerber en le regardant.

C'est l'histoire d'un abus, niché dans une famille normale. Et l'auteur nous décrit comment toute sa vie il se débat pour juste y survivre.

Goolrick regarde en face ce qui a fait de lui un monstre de douleur, un homme qui se taillade les veines tout seul dans des chambres d'hôtel sordides pour se faire jouir, au risque d'y laisser sa peau.

"Féroces", est un grand livre. C'est un livre sur la famille. C'est un livre sur l'inceste.

C'est un livre qu'on n'oublie pas quand on l'a refermé.


lundi 1 novembre 2010

Sans contrefaçon


Bien avant Mylène Farmer et son entêtant "sans contrefaçon, je suis un garçon", la question de l'identité sexuelle s'est posée pour les femmes à travers leurs vêtements. Et "Il n'y a que les tailleurs pour ne voir dans l'habit de l'homme que du drap, comme les boulangers ne voient dans le pain que de la farine, de l'eau et du sel" comme disait le père Enfantin (sic). Le pantalon lancé par Chanel et démocratisé par Saint Laurent et Courrèges a eu des précurseures. D'abord, Jeanne d'Arc, celle qui pour beaucoup incarne la France et une certaine idée d'indépendance, et dont la mort sur le bûcher a été décidée quand elle a osé remettre ses vêtements d'homme, preuve manifeste de son hérésie indécrottable. George Sand travestie fumant le cigare a fait couler beaucoup d'encre et attisé bien de haines et de mépris de ses contemporains. Mais il y a eu Louise Michel la communarde, les scandaleuses Colette et Missy, la féministe Madeleine Pelletier, la peintre Rosa Bonheur, Renée Vivien et Nathalie Barney, les reines du saphisme à Paris à la fin du XIXème siècle, la terrible Violette Morris, les merveilleuses Sarah Bernhardt et la Dejazet qui jouèrent beaucoup de rôles masculins, de Hamlet à l'Aiglon, les écrivaines Marc de Montifaud et Rachilde, l'archéologue Jane Dieulafoy, la voyageuse Alexandra David Neil, la sulfureuse Annemarie Schwarzenbach et bien d'autres…. Toutes, elles se sont battues pour porter le pantalon, contre la loi de 1800 qui interdisait aux femmes de se travestir (abrogée en novembre... 2010!), anticipant le code civil de 1804 qui allait contraindre autant que faire ce peut les femmes au foyer, leur donnant un statut de mineure dés lors qu'elles se mariaient.

Mais pourquoi les femmes voulaient elles tant porter le pantalon qui fait partie intégrante de notre garde robe aujourd'hui? Comment un vêtement a t il suscité autant de passions? D'abord, il faut se souvenir que les femmes en jupon ne portaient pas de culotte fermée. Elles étaient donc "accessibles" et vulnérables au premier passant priapique venu. Ensuite, la mode des corsets a été assassine. Coincées dans des vêtements qui les entravaient et étaient là uniquement pour les rendre désirables aux yeux des hommes, elles lorgnaient donc avec envie sur ce pantalon qui avait le pouvoir de les protéger du viol et autres agressions dues à leur sexe. Depuis la révolution française, le pantalon, apanage des hommes donc symbolisant le pouvoir, permettait à celles qui le portaient, à la fois d'affirmer leur différence intellectuelle, voire sexuelle, mais également d'être mieux payées. Un homme gagnait quasiment le double d'une femme pour la même tâche, et aujourd'hui encore, malgré les lois, les femmes continuent à être moins payées que leurs collègues masculins.

Comment une loi peut elle être impunément bafouée sans que cela ne dérange personne? C'est un mystère en partie soulevé dans le passionnant livre de Christine Bard "Une histoire politique du pantalon". L'auteure nous embarque dans l'histoire de ce vêtement dont le port qui semble tellement naturel aujourd'hui, a été conquis de haute lutte, comme le droit de lire, d'écrire, de conduire une voiture ou de travailler, par les féministes.

C'est dans les années 20, 30, avec l'arrivée des "garçonnes" que les femmes en pantalon commencent à devenir à la mode, donc acceptables. Puis avec les icônes qu'étaient Marlene Dietrich, Greta Garbo et la divinissime Katherine Hepburn dans "Sylvia Scarlett", qui reste un sommet de chic et d'érotisme vénéneux, qu'elles accèdent au glamour. Les grandes figures féminines du début du siècle dernier ont du vaincre des préjugés tenaces pour ainsi afficher une image féminine qui sorte des canons de beauté masculins, rigides et réducteurs, et porter la culotte a bel et bien été une victoire gagnée de haute lutte par les féministes tant raillées. Désireuses d'assumer leur sexualité et leur pensée hors norme, elles se battirent pour échapper aux crinolines, aux corsets, et autres prisons vestimentaires.

On disait de Marlene qu'elle n'était jamais si féminine qu'habillée en homme, et jamais aussi masculine qu'habillée en femme. L'ambivalence sexuelle est toujours ce qu'il y a de plus troublant, et dans le monde, les femmes n'ont pas fini de se réinventer pour accéder à leur désir, longtemps nié, voire oppressé.

jeudi 9 septembre 2010

DES CHIFFRES SANS LES LETTRES!




Plus ça va, plus je suis consternée par le niveau de ce qu'on nous refourgue dans les médias. Question syntaxe, orthographe, vocabulaire, ça vole bas. D'ailleurs, ça ne vole plus… ça rampe. Si, pour citer Boileau dans "L'art poétique" : " Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément", l'inverse est vrai. Il suffit de voir "comme on nous parle", comme l'a admirablement écrit et chanté Alain Souchon dans son sublime "Foule sentimentale", pour s'assurer que ça ne pense pas fort, et que ça ne pisse pas loin. J'ai vu Edwy Plenel il y a peu, excuser ceux qui avaient une mauvaise orthographe. J'avoue avoir été surprise par sa complaisance. Je le croyais homme de lettres et trouve bien démagogique cette tendresse pour ceux qui maitrisent mal le français. Certes, il y a des fautes d'orthographe charmantes, voire cocasses, mais le problème, car il y en a un, c'est que le niveau de l'écriture et l'indigence de pensée généralisés deviennent alarmants. Ce qui est grave, c'est qu'aussi bien des journalistes, que des scientifiques ou des gens qui publient des textes savants sur Internet font des fautes de grammaire indignes d'un élève de 5ème. Et que ce désintérêt pour le français correct est devenu endémique. Je préfère ne même pas aborder la question du langage SMS qui est un véritable désastre sur le cerveau de nos enfants, ni celle de MSN dont le niveau de communication flirte avec des abysses de néant! Là, pour citer Gainsbourg qui s'y connaissait en amour de la langue, "Cette fois je crois que nous sommes complètement ça y'est!" On touche le fond. On nous avait expliqué que les slammers allaient redonner le goût du style et des mots aux jeunes. Je n'voudrais pas dire, mais c'est pas flagrant!


A côté de cette bouillie langagière, on est de plus en plus assommés de chiffres. Attention! Pas n'importe quels chiffres! Les chiffres du succès. Untel gagne 1000 000€, un autre naze a acheté sa baraque 200 millions d'€, les milliardaires russes claquent 10 000€ en une soirée à saint Trop' etc… Arrête, je vais gerber! Trop c'est trop! Evidemment, toutes ces "infos" passionnantes tournent ad libitum dans des émissions formidables comme "Capital", la bien nommée, dans lesquelles le luxe ostentatoire et vulgaire des nantis est donné en pâture aux pauvres gens tous les dimanches soirs gratos dans le poste, comme on jette des pièces jaunes en aumône à un clodo dans la rue. C'est facile de faire rêver les pauvres pour pas cher. Et ça rapporte. De l'audimat, de la pub. C'est tout bénef'! En plus, on va pouvoir leur refiler des merdes à acheter à ces cons qui se gavent du luxe des vedettes en descendant des Kros.


Le plus déprimant c'est que, subrepticement, cette obsession du pognon a gangréné presque tous les médias. Je me souviens d'une époque pas si lointaine où l'on parlait du travail d'un artiste, pas uniquement de ses revenus. Aujourd'hui, il faut donner des chiffres. Ce sont eux qui sont le mètre étalon de la qualité d'un spectacle, d'un livre ou d'un disque. Ça marche, donc c'est bien! Alors que tout le monde sait très bien que ça n'est pas vrai. Il faut arrêter avec cette idée démagogique que "le public a toujours raison". Non. Parfois, il a tort. Parfois le public, il aime et il bouffe de la merde. Et il en redemande. Parce qu'on la lui a bien emballée avec un bolduc autour, parce qu'on lui a fait un lavage de cerveau télévisuel, parce qu'à force de voir des trucs bidons à la télé il ne sait même plus où sont ses émotions. Et parce que beaucoup de gens ont des goûts de chiottes!

Le public s'est souvent trompé. Les critiques aussi. On s'est moqué de Van Gogh, on a sifflé Gainsbourg, on a fait un procès à Baudelaire, on a emprisonné le marquis de Sade, on a enterré Mozart comme un chien. Ça ne les a pas empêchés d'être ou de devenir les plus grands. Et leurs contemporains pétés de tunes, eux, de sombrer dans l'oubli.

Mais que penser d'un monde, d'un système qui tourne autant autour des bénéfices immédiats? Qui vénère tant ceux qui réussissent. AEt qui réussissent à quoi? A s'en mettre plein les fouilles! "Misère, misère" comme chantait Coluche. Il paraîtrait qu'il y a un problème de valeurs? Affirmatif.


Avec ça, on essaye de nous convaincre qu'il faut trouver du talent à Jeff Koones qui règne en maître sur la médiocrité ambiante en se prenant pour un enfant de Warhol avec ses caniches moches. C'est pathétique. Ouvrons les yeux. Le roi est nu! Ou plutôt: le roi est nul! Et non avenu.


C'est effrayant de voir à quel point l'argent devient de plus en plus LE sujet. Pas l'émotion, ou l'intelligence ou la finesse, ou le culot, ou le courage. C'est qu'il y a plein d'autres valeurs qui vaudraient le coup qu'on en parle. Ben non. "Combien ça coute?", "Combien ça rapporte?". Là, oui. Le nombre de fois que des crétins décérébrés ont cliqué sur un site débile, le nombre de dollars que des milliardaires incultes sont prêts à débourser pour du vide, ça, ça les excite. Ça, ça les fait bander!. Des chiffres, des zéros. Un maximum de zéros. Plus il y a de zéros, mieux c'est! Des zéros, comme le niveau. Qui est bas. Et inversement proportionnel à leur QI.


On se noie dans les chiffres. "Drowning by numbers", comme le titre du film de Peter Greenaway construit comme ces dessins pour enfants où l'image se révèle au fur et à mesure que ceux ci colorient des cases numérotées. Si ce n'est que la nôtre d'image, elle se délite gentiment…


mercredi 25 août 2010

Et putes, et soumises?



Guy Bedos, feuilletant son "Lui" avait donc raison? Souvenez vous de son: "Salooooooopes! Ah la salooooooope! "

Toutes des salopes?


Que les chanteuses aiment la provoc, c'est pas nouveau. Que celle-ci soit sexuelle, par dessus le marché, OK. Je suis fan de Madonna, qui, avec un sens de la publicité et un talent toujours inégalé, a poussé pas mal de frontières dans le domaine, ses tenues ultra sex, ses seins phalliques en cône à la JPG, et ses patins à Britney Spears ou autres danseuses ayant, en leur temps, choqué le péquin moyen et beaucoup fait parler d'elle.

Mais là, on arrive un peu au bout du système, non?

C'est plus provocantes, qu'elles sont, nos chanteuses! C'est carrément hardeuses, qu'elles font! Et aujourd'hui, le roulage de patin lesbien est devenu le parcours obligatoire de la fille qui veut montrer qu'elle est achetement provocante et trop moderne! Et surtout qu'elle veut vendre des disques.

Lady Gaga, Rihanna, Shakira, Britney Spears et consoeurs poussent le bouchon chaque fois plus loin. Et v'la t y pas notre Christina Aguilera, qu'était si mignonne en petite jupe plissée qui s'y met! SM bling bling à tous les étages.

A quatre pattes, avec des fouets, dans des scènes bondage, en string, à poil, à plumes…. Mimant la pipe, la baise, dans tous les sens… Roulant des pelles aux filles, simulant la sodomie... Madonna et Mylène Farmer précurseuses il y a un bout de temps, le faisaient avec un regard. Pour Madonna, souvent celui de Mondino, chic, moderne, raffiné et sensible. Et ultra référentiel. Les photographes hollywoodiens des années 30 et 40, Molinier, Guy Bourdin, Jean Harlow, Marlene Dietrich, Marilyn, Liliana Cavani et son "Night Porter"…

Pour notre libertine Mylène, un Boutonnat, plus sadien mais tout aussi élégant et référentiel. Toujours, il y avait un point de vue, une intelligence. Un discours. Une pensée derrière le cul.

Là, non.

N'est ni divin, ni marquis, qui veut.

Elles sont à quatre pattes, elles sont vulgaires, elles remuent du croupion et puis c'est tout!

Des putes bling bling, c'est ça qu'il faut être pour vendre de la rondelle?

C'est ça, les femmes modernes, libérées? C'est de ça dont on a envie pour nos filles, nos soeurs? Pour nous mêmes? Des images d'objets sexuels offerts, cheaps? Des stars de porno débiles comme référence?

Ben non.

D'autant que les références au sado masochisme sont pléthores. Dans le clip de Rihanna avec la sublime Casta en guest gouine, ça s'attache et ça lorgne du côté du bondage et de la partouze en robe couture et dessous cuir.

Autant la talentueuse Maria Beatty s'attache (?!) à filmer un détail vestimentaire, un grain de peau, la tension entre deux femmes qui se désirent et s'aiment, autant dans ces clips sur-lookés ça sonne creux, et la débauche de moyens et de mise en scène masque mal ce que tout ça a de factice. On assiste impuissantes (?!) à des projets marketing qui, tout en surfant sur la surenchère porno, n'ont d'autre projet que de créer le fameux "buzz" tant recherché.


Rihanna, toujours elle, a aussi commis un duo, très réussi d'ailleurs avec Eminem, qui est tout sauf un enfant de choeur. On connait l'histoire de Rihanna, les violences conjugales qu'elle a subies. Les images qui nous "vendent" la chanson sont embarrassantes. Une maison brûle. OK. On finit par avoir l'habitude. Avec Casta aussi, ça cramait derrière. Une métaphore du feu qu'elle a au cul? Pourquoi pas. Si ça les amuse après tout, c'est leur droit le plus strict. Mais quand on passe au couple qui s'embrasse, s'aime, se rejette, avec une violence évidente, c'est un peu plus gênant. Dans la chanson Rihanna dit en substance "J'aime quand tu mens, j'aime comme ça fait mal". Hum. C'est pas très malin, darling. La prochaine fois que ton mec t'en collera une et qu'il te démolira ta jolie gueule, tu auras beau jeu d'aller te plaindre aux flics! Faudra pas que tu t'étonnes s'ils te reçoivent avec des sarcasmes, et t'estimer heureuse s'ils ne te sodomisent pas sur un coin de bureau pour t'apprendre à moins faire ta vicieuse. Pas super, cette glamourisation de la femme qui se fait cogner et qui aime ça. D'autant que si Maria Beatty filme avec désir ses filles qui se lient d'autre chose que d'amitié, les films de bondage ou de fétichisme ne sont pas toujours aussi féministes. Il y a quelques semaines, après une soirée sixties, très "libération sexuelle", Arte nous a proposé "Bondage", film japonais de 1977 dans lequel un homme se livre à des scènes d'une violence inouïe sur ses femmes consentantes, nous dit en toutes lettres le dossier de presse. Consentantes? C'est lui qui le dit. Le film est d'une violence psychologique pénible. On y voit une pauvre femme amenée progressivement à accepter d'être torturée par son homme, et c'est de la peur qu'on lit dans ses yeux. Ni du désir, et encore moins du plaisir. C'est insoutenable. Ça ne fait pas envie. En tout cas, pas à moi. Et s'il y a de la jouissance, elle n'a pas l'air bien réciproque. On est loin de "L'empire des sens" chef d'oeuvre nippon également, autrement plus profond, plus étrange, plus érotique, et aussi peu champêtre.


Regarder un film érotique ou porno, c'est un choix. Chacun son truc (même s'il y a beaucoup à dire sur cette industrie macho et souvent avilissante pour les femmes). Mais en prendre les codes les plus vulgaires, les plus racoleurs et en faire des images de grande consommation, ça pose quelques problèmes.

Ça fait un peu "ET pute, ET soumise", non?


Je repense avec émotion au baiser le plus long de l'histoire du cinéma (à l'époque, 1946) dans "Notorious" d'Alfred Hitchcock. ( et dans Hitchcock, évidemment, il y a Hitch )On y voyait Ingrid Bergman et Cary Grant s'embrasser en plan séquence et en gros plan pendant dix minutes, entrecoupant leurs baisers d'une conversation anodine sur le menu du diner, afin de détourner les lois de censure de l'ignoble code Hays.

Et oui, c'était érotique.